90 femmes de différents horizons qui ont dû se rendre à l'étranger pour concevoir des enfants par PMA font entendre leur voix dans une tribune. Elles veulent peser dans le débat actuel, qui laisse davantage de place aux opposants.

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Elles sont journaliste, députée, réalisatrice, sportive… 90 femmes lesbiennes ou célibataires ayant eu recours à la PMA (procréation médicalement assistée) à l'étranger dénoncent leur absence dans le débat sur l'extension de cette pratique aux couples de femmes et celles célibataires.

Toutes unissent leur voix dans une tribune publiée par Franceinfo ce jeudi pour faire savoir leur ras-le-bol. « Pourquoi sommes-nous si peu visibles dans les médias, même quand il s'agit de sujets qui nous concernent directement  ? », déplorent-elles.

Le comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis favorable à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes en France - seuls les couples hétérosexuels infertiles peuvent aujourd'hui bénéficier de ce procédé - fin septembre. Le gouvernement prévoit de déposer un projet de loi avant la fin de l'année en vue d'un débat à l’Assemblée en janvier 2019.

Et tandis que le sujet est au cœur de l'actualité, les auteures du texte se désolent de leur sous-représentation dans le paysage médiatique pour s'exprimer sur la question, qui les touche pourtant principalement. « Chers journalistes et rédacteurs en chef, pour cinq opposants à la PMA, combien de lesbiennes avez-vous interrogé  ? Le décalage est criant et le combat médiatique, inégal, dès le départ », peut-on lire.

Elles regrettent ainsi que des « analystes » et autres « experts » soient réquisitionnés pour traiter de ces sujets à leur place, et que la parole soit seulement accordée aux opposants à la PMA. « Et qui parle  ? L'Église, La Manif pour tous, des philosophes, des « intellectuels » autoproclamés… Personne qui ne soit directement concerné. Personne qui n'ait la science infuse sur la question », indiquent-elles.

Un climat de peur

Ces mêmes spécialistes et intellectuels omniprésents sur les plateaux de télévision s'appuieraient sur des faits à la fois erronés et anxiogènes. « Tous parlent au nom de dogmes, de craintes, d'inquiétudes, de ressentis. Rien qui ne soit validé par la science ou des précédents historiques, s'insurgent-elles. Ils promettent l'effondrement de la société et de ses valeurs, des générations d'enfants traumatisés. Les uns s'appuyant sur des valeurs religieuses, qui n'ont aucune validité objectivement établie. Les autres faisant mine de se cacher derrière de vagues notions de psychanalyse, qui là non plus n'ont rien d'universel ou d'incontestable ».

Toutes redoutent alors les effets de ces messages de peur véhiculés par les opposants sur leurs enfants et tiennent donc à rétablir leur vérité. « Ne vous inquiétez pas pour nos enfants. Ils ont été désirés. Ils ont été attendus, parfois longtemps. Ils sont aimés. Nos familles n’ont pas moins de valeur que les vôtres. Il est insupportable qu’elles soient ainsi scrutées et jugées », martèlent-elles. Et d'ajouter : « et si nos enfants souffrent de quelque chose aujourd’hui, c’est d’être ainsi rejetés, montrés du doigt par des soi-disant détenteurs de vérité. Ce que nous craignons pour eux, c’est qu’ils croisent un jour, en bas de chez nous, ces manifestants pleins de haine ».

Elles ne demandent bien entendu pas à ce que les anti-PMA soient « tus et muselés », mais souhaitent simplement que leur opinion soit elle aussi représentée dans les médias. Elles rappellent à ce titre « 75 % des Français sont favorables à l’ouverture de la PMA, selon un sondage Ipsos-Sopradatant de juin2018 » mais que les informations donne l'impression que « c’est tout le contraire », pointant ainsi du doigt la responsabilité des médias.

La publication de cette tribune coïncide avec la Journée internationale du coming out et le lancement d’une campagne de sensibilisation nationale sur la PMA par SOS Homophobie. Elle s’accompagne d’un court film « rappelant que ce qui compte avant tout, c’est d’être un bon parent ».

Parmi les 90 signataires, la journaliste d'Arte Marie Labory, l'ancienne capitaine de l'équipe de France féminine de football Marinette Pichon, la députée LREM de l'Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon, ou encore la réalisatrice Émilie Jouvet.

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