L’un est un gynécologue congolais et l’autre une ancienne esclave de l’organisation État islamique. Denis Mukwege et Nadia Murad ont reçu ce vendredi le Prix Nobel de la paix pour « leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre ».

Les deux lauréats incarnent la cause planétaire de la condition féminine au-delà des seuls conflits. « Denis Mukwege est quelqu’un qui a dédié toute sa vie à la défense des victimes des violences sexuelles perpétrées en temps de guerre. Sa colauréate, Nadia Murad est le témoin qui relate les abus perpétrés à son encontre et d’autres » a justifié Berit Reiss-Andersen, présidente du comité Nobel norvégien.

Gynécologue au service des victimes

Denis Mukwege est un ancien élève de l'université d'Angers. Crédits : Claude Truong-Ngoc

Ce médecin congolais a soigné près de 50 000 victimes de viols dans son hôpital de Panzi qu’il a fondé en 1999, pendant la guerre du Congo, dans la ville de Bukavu. Situé dans l’est de la République démocratique du Congo, l’hôpital de l’homme aide femmes, enfants et bébés…

Déjà récompensé en Europe, aux États-Unis et en Asie pour son travail, l’homme qui répare les femmes, comme le surnomme un documentaire retraçant son combat, dénonce encore aujourd’hui « le climat d’oppression et de rétrécissement de l’espace des libertés fondamentales » au Congo.

Après une diminution légère des violences sexuelles en 2015, ce fléau est de nouveau à la hausse depuis 2017 expliquait-il à l’AFP en mars dernier.

L’annonce du prix est un espoir pour tout un pays en proie aux violences sexuelles. Lors de l’annonce, une pneumologue, en service dans l’hôpital du lauréat, a décrit des scènes de liesse mêlant cris de joie et pleurs dans les couloirs de son lieu de travail.

Nadia Murad, porte-parole de la communauté yézidie

Nadia Murad vit toujours dans un camp de réfugiés en Allemagne Crédits : Shutterstock/Featureflash Photo Agency

La colauréate du gynécologue, elle, a subi les exactions du groupe terroriste État islamique.

À seulement 25 ans, Nadia Murad conduit le combat pour la cause yézidie pour faire reconnaître les persécutions commises en 2014 comme un génocide.

En août 2014, quand l’organisation État Islamique réalise une avancée fulgurante dans les terres irakiennes, la jeune femme est capturée et assiste au massacre de sa communauté. Elle et les femmes de son village sont condamnées à devenir des esclaves sexuels en proie aux djihadistes.

Après avoir été violée, achetée, vendue et mariée de force, la jeune femme a réussi à s’échapper après plusieurs mois aux mains des salafistes de l’État islamique.

Aujourd’hui, depuis l’Allemagne et avec l’aide de l’avocate et militante des droits de l’homme Amal Clooney, elle se hisse sur les plus hautes tribunes des Nations Unies pour éveiller à la cause yézidie où encore près de 3 000 femmes sont portées disparues.

« Mon histoire, relatée honnêtement et prosaïquement, est l’arme la plus efficace donc je dispose pour lutter contre le terrorisme, et j’ai bien l’intention de m’en servir jusqu’à ce que ces crimes soient traduits en justices » prônait-elle à l’AFP en 2016.

Les Nations unies se sont réjouies de cette nomination des deux lauréats qui « aidera à faire avancer le combat contre les violences sexuelles comme arme de guerre dans les conflits ».

Depuis 2008, le conseil de sécurité de l’ONU estime que les violences sexuelles « peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l’humanité ou un élément constitutif du crime de génocide ».

Les deux lauréats et fer de lance de leurs causes recevront leur prix le 10 décembre prochain à Oslo.

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