Développé par les équipes de Naughty Dog, The Last Of Us Part II, présenté en vidéo cette nuit lors de la conférence Sony de l’E3, le plus grand salon de jeu vidéo au monde, a fait diablement sensation. Nous irions même jusqu’à dire que parmi la pléiade de jeux mirobolants présentés tant du côté de Microsoft que d’Ubisoft, d’EA ou encore de Square Enix, ou même de chez Sony, c’est bel et bien celui-ci qui nous a le plus subjugués. The Last Of Us Part II s’annonce ni plus ni moins comme l’un des plus grands produits culturels de l’histoire du divertissement. Féministe, réaliste, humain, viscéral, cinématographique, immersif et intelligent, il faut le voir pour le croire.



Annoncé en grande pompe en 2016 avec une vidéo diffusée lors du Playstation Experience, puis appuyé par une seconde bande-annonce relativement dérangeante à la Paris Games Week l’année dernière, The Last Of Us Part II s’est fait globalement très discret jusqu’à présent. Suite d’un premier opus sorti en 2013 qui a marqué toute une génération de joueurs sur Playstation 3, qui a su conquérir aussi bien les gamers que le grand public de par son intrigue, sa mise en scène, et surtout ses personnages, The Last Of Us Part II fait tourner toutes les têtes depuis deux ans, alors que toute la sphère vidéoludique attendait fébrilement d’en voir plus depuis l'année dernière. Et il faut le comprendre : il y a bel et bien eu un avant et un après The Last Of Us, au point que la saga God Of War se reboote à la sauce Naughty Dog, également développeur d’Uncharted. Enfin, Sony a frappé fort en dégainant une vidéo longue de onze minutes de son exclusivité PS4, mêlant cinématiques et phases de gameplay tant attendues.

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La première chose qui saute aux yeux, ce sont bien évidemment les graphismes. Le moteur du jeu est proprement éblouissant, au point que l’on puisse douter que le titre soit capable de tourner sur une Playstation 4 conventionnelle. Les cinématiques n’ont absolument rien à envier aux plus grands films, tant les animations des personnages, des visages, tant les éclairages, les environnements sont soignés et, disons-le, sublimes. Mais vous objecterez certainement que les cinématiques ne sont pas représentatives du gameplay, et vous aurez raison de le faire.

C’est là que l’on passe au cœur de l’action, et que l’on ne peut que s’emballer encore davantage. Tout comme son prédécesseur Uncharted 4 sorti en 2016, les phases de jeu se révèlent aussi stupéfiantes visuellement que les cinématiques. Si Uncharted 4 reste à ce jour le plus beau jeu vidéo sorti sur une console de salon en dépit de ses deux ans d’âge déjà, il est désormais officiel qu’il sera détrôné par un The Last Of Us qui nous emmène au septième ciel, avec un souci du détail permanent. Rien que la végétation qui se déforme en temps réel et de manière crédible au passage de notre protagoniste, Ellie, est criante de vérité, servant une immersion toujours plus importante.

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Ellie, justement, qui était le véritable personnage principal du premier opus, plus encore que Joel, son père de substitution, a mûri. Grandi. Cinq ans après The Last Of Us premier du nom, Ellie a désormais 19 ans. Le début du trailer, qui se déroule très probablement dans les premières minutes de l’aventure, laisse entrevoir un havre de paix idyllique au cœur d’un univers post-apocalyptique dans lequel on s’amuse, on danse, on rit, on s’aime. Le tout magnifié par une bande-son toujours de l’œuvre de Gustavo Santaolalla, illustre compositeur notamment salué pour son travail sur le film Babel d’Alejandro González Iñárritu. Cette fête a probablement lieu dans la ville fortifiée tenue par Tommy, le frère de Joel, que ce dernier et Ellie regagnaient à la fin du premier opus. Joel, d’ailleurs, est évoqué par un personnage aux traits asiatiques qui vient de rompre avec une jeune femme semblant entretenir une relation amoureuse avec Ellie. The Last Of Us: Left Behind, extension du premier jeu, avait à l’époque marqué les esprits en raison d’un baiser lesbien entre les deux héroïnes âgées de 14 ans, un acte d’amour jusque-là très rarement montré dans le monde du jeu vidéo. Un certain nombre de joueurs avait pesté contre l’orientation sexuelle du personnage, visiblement pas encore préparé à accueillir la diversité sexuelle de personnages fictifs manette en main.

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Cette bande-annonce de The Last Of Us Part II persiste et signe, en mettant en scène un baiser homosexuel comme aurait pu être montré n’importe quel autre baiser, ce qui est toujours extrêmement rare dans le jeu vidéo. On peut observer d’ores et déjà dans les commentaires YouTube du trailer des fans qui applaudissent ce fait, d’autres qui le décrient, des gens heureux ou déstabilisés de l’orientation sexuelle d’Ellie. Mais en réalité, la question de la sexualité ne se pose pas vraiment dans l’univers de The Last Of Us, où seul l’amour de l’autre compte, sans aucune étiquette. L’amour de l’autre devenu d’autant plus précieux car extrêmement rare dans un univers post-apocalyptique impitoyable, à présent sans règles, dans lequel les survivants sont peu scrupuleux, et en petit nombre.

Dans ce monde, l’attachement affectif ne s’arrête plus du tout au sexe de l’autre, car cette question est devenue insignifiante. Il ne s’agit plus d’aimer un homme ou une femme ; il s’agit juste d’aimer. Pour notre part, il s’agit d’un très beau message délivré par Naughty Dog, qui encourage à s’affranchir universellement des carcans pour simplement aimer sans crainte, sans jugement. Comme le dit Ellie, toujours doublée par la géniale Ashley Johnson en VO, dans cette séquence fabuleusement cinématographique : « I’m just a girl » ; une fille comme tant d’autres à travers le monde. Et le fait que dans ce The Last Of Us Part II, nous incarnions désormais une femme, et non plus un homme protecteur, Joel, comme dans le premier opus, est un autre message d’égalité entre les hommes et les femmes.

Cette question de l’égalité des sexes a toujours tenu à cœur à Naughty Dog, désireux de présenter intelligemment des figures féminines tenant la dragée haute à leurs homologues masculins, des figures féminines qui ne tombent jamais dans le cliché, qu’il soit physique ou psychologique, comme Chloe et Nadine d’Uncharted: The Lost Legacy, par exemple. Comme quoi le jeu vidéo peut bel et bien arborer une dimension humaniste et éducationnelle. 

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Évidemment, cet espoir de vie normale teintée d’espoirs amoureux, est brisé, et mis sévèrement en contraste avec la réalité extérieure par la phase de gameplay d’un réalisme cru, d’une violence sans filtre, servie par un éclairage somme toute glauque. Probablement que l’amie d’Ellie a été assassinée, et qu’elle cherche à la venger, ne faisant preuve d’aucune pitié face à d’autres groupes de survivants également déterminés à lui faire la peau, alors que chacun lutte pour sa survie dans des États-Unis dévastés, sans foi ni loi. Nul doute que la violence ultra-réaliste du jeu fera couler de l’encre tout comme coule le sang de ce personnage pendu et éventré dans la bande-annonce, dont les intestins finissent par frôler le sol.

Certains trouveront ça « trop », considérant que le jeu vidéo n’a pas à montrer ce genre de choses, n’a pas à singer à ce point la réalité ; d’autres estimeront que cette violence est nécessaire pour servir le propos de l’histoire de ces personnages plongés dans un monde d’une dureté tout simplement terrible, dureté dont l’impact serait amoindri par une violence aseptisée dans un jeu qui est, rappelons-le, destiné à un public adulte. Dans tous les cas, la question de la violence dans les jeux vidéo n’a probablement pas fini de faire débat, placée au cœur de discussions plus ou moins pertinentes entre toutes les franges de la population.

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Tout débat mis de côté, The Last Of Us Part II s’annonce, plus encore que son prédécesseur, viscéral. Les affrontements s’annoncent encore plus intenses que par le passé, encore plus brutaux. Chaque coup semble faire fichtrement mal, pensé pour tuer. Il suffit de voir Ellie se prendre une flèche pour s’en convaincre. La violence de The Last Of Us n’est pas la violence d’un GTA. Elle n’est pas gratuite, pas esthétique, pas stylisée, et cela saute aux yeux. Il faut toujours l’éviter au mieux en se cachant, en se faufilant un peu partout. Tout comme dans Uncharted 4, il est désormais possible de se dissimuler dans les hautes herbes, et même, nouveauté, sous les voitures.

Le drame et la cruauté de The Last Of Us sont le carburant d’une tension jamais à ce point atteinte par un jeu vidéo. Cette tension, cette angoisse, ce stress sont infusés par une intelligence artificielle des adversaires qui semble mille fois plus fourbe et déterminée qu’auparavant, les ennemis ayant l’air de fouiller les moindres recoins, à la sueur du front des joueurs. Espérons qu’il ne s’agit pas toutefois de scripts spécifiques pour la bande-annonce, comme lorsqu’Ellie est balancée avec virulence par-dessus un comptoir au milieu de débris de verre, et que les ennemis seront aussi énergiques dans le jeu final, pour la plus grande immersion possible.

Les animations de notre héroïne sont tout simplement ahurissantes, d’une fluidité sans pareille, qu’elle ramasse une bouteille en courant puis la jetant au débotté, ou lorsqu’elle récupère une flèche sur un cadavre avant de la ranger dans son carquois, sans la moindre coupure. Dans combien d’autres jeux les munitions et objets sont-ils ramassés automatiquement, sans la moindre animation ? La patte Naughty Dog n’en paraît que plus étincelante, car c’est dans les petits détails que se font les plus grandes œuvres, dans le sang et les blessures qui apparaissent sur les visages ultra-réalistes des modèles 3D des personnages, protagonistes ou antagonistes divers et variés.

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Vous l’aurez compris, The Last Of Us Part II est parti pour être un monument du jeu vidéo qu’il ne faudra rater sous aucun prétexte. Explorant les relations humaines comme ne le fait aucune autre licence, sous perfusion de références cinématographiques et littéraires comme La Route, affichant des graphismes, une ambiance sonore, et un gameplay phénoménaux, s’il y a bel et bien un titre qui peut et doit pousser le plus grand nombre à l’achat d’une Playstation 4, y compris les non-joueurs qui ont pu être stupéfaits par le premier opus, c’est celui-là.

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The Last Of Us Part II n’a cependant toujours pas de date de sortie officielle (même si nous pouvons parier sur 2019, 2020), mais ce qui est certain, c’est qu’il rejoindra très rapidement le panthéon des jeux Playstation, et même le panthéon du jeu vidéo tout court. Le premier épisode a su s’imposer comme un produit culturel de choix abordant intelligemment des thématiques profondes et complexes, nous avons plus que hâte de voir cette suite suivre la même voie, et même aller encore plus loin.

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